La légende continue

Max Hoffman était un homme exceptionnel à tous points de vue. Jeune homme dans les années 30, il fuit alors l’Autriche pour les États-Unis, où il entame après-guerre une activité d’importation de voitures de luxe européennes. Son entreprise, la Hoffman Motor Company, possède sur Park Avenue à New York un showroom conçu par l’illustre architecte Frank Lloyd Wright. Mais ses services sont appréciés loin à la ronde par une clientèle nantie. Dans les années 1950, Hoffman est le premier concessionnaire à proposer BMW et Alfa Romeo en Amérique. Il importe aussi avec succès des Mercedes et approvisionne en Porsche une grande partie de la côte Est. Il tisse d’excellents contacts jusqu’aux plus hautes strates des marques européennes, encore très familiales à l’époque. Il réussit dès lors à convaincre Ferry Porsche de construire une version découvrable de la 356 – la 356 Speedster.

Parallèlement, dans l’Europe de l’après-guerre, le sport automobile a le vent en poupe. Les Italiens, Maserati en tête, volent de victoire en victoire face à une concurrence qui reste muette. Cette domination pique au vif les Allemands, car le sport automobile représente pour les marques une vitrine publicitaire sans équivalent. En 1951, le conseil d’administration de Daimler-Benz organise son retour en compétition et relance des essais avec les flèches d’argent d’avant-guerre. Mais faute d’évolution technique, elles ne peuvent rivaliser avec les ténors du moment. Le président du directoire, Wilhelm Haspel, charge alors son directeur du développement, Rudolf Uhlenhaut, de développer une nouvelle flèche d’argent. En l’espace d’un an, Uhlenhaut conçoit une voiture de course capable de faire de l’ombre à la concurrence: la 300 SL. Le coupé de course est présenté aux médias le 12 mars 1952 sur l’autoroute A81 entre Stuttgart et Heilbronn. Après une double victoire aux 24 Heures du Mans, un carré gagnant au Nürburgring et des victoires glanées au Grand Prix de Suisse à Berne et à la Carrera Panamericana, la W194 entre dans la légende. Le «mythe SL» est né.

Rouge roadster: la Mercedes-Benz 300 SL Roadster de la série W 198 II (1957–1963).
Rouge roadster: la Mercedes-Benz 300 SL Roadster de la série W 198 II (1957–1963).

Une clientèle célèbre

Max Hoffman observe de loin le succès de la 300 SL. En homme d’affaires avisé, il souhaite pouvoir proposer ce modèle à ses clients, friands de telles exclusivités. Il se rend à Stuttgart et convainc le conseil d’administration de Daimler-Benz de sortir une version routière de la W194. En contrepartie, il promet d’en acheter au moins mille unités. À peine six mois plus tard, une version W198 homologuée pour la route est prête à être dévoilée au public. Non pas en Allemagne comme c’était habituellement le cas chez Daimler-Benz, mais à New York. La version routière, bâtie sur le châssis tubulaire en treillis conçu par Uhlenhaut, est recouverte d’une fine carrosserie en tôle. La construction est presque identique à celle de la voiture de course et les fameuses portes en ailes de mouette, qui donnent le surnom «Gullwing» à la voiture, sont conservées pour la série. Le six-cylindres de trois litres à double carburateur est lui aussi repris sur la version routière. Le succès ne se fait pas attendre et les noms célèbres s’accumulent dans le carnet de commandes: Frank Lloyd Wright, Paul Newman ou Sophia Loren craquent tous pour la SL.

L’homme à l’origine de la SL: l’importateur Maximilian Hoffman, instigateur des 300 SL et 190 SL.
L’homme à l’origine de la SL: l’importateur Maximilian Hoffman, instigateur des 300 SL et 190 SL.

La base de la légende SL est ainsi posée. Une version décapotable sort en 1955, mais Hoffman n’est pas l’instigateur de cette 190 SL. Elle est pourtant, elle aussi, présentée à New York et s’adresse à un public plus sage, qui trouvait le papillon trop inconfortable, recherchait un cabriolet pour se montrer et se contentait du quatre-cylindres en ligne, moins puissant, de la 190 SL. La désignation SL, une création d’Uhlenhaut, demeure. On sait aujourd’hui qu’elle signifie «Super-Léger», même si la rumeur a longtemps voulu qu’elle signifie «Sport-Léger». L’origine en est le poids de la W194, qui ne pesait que 1100 kilos, à une époque où les voitures de course pesaient souvent quelque 1700 kilos.

Produite chez AMG

Pour les beaux et les riches: la 190 SL découvrable (W 121), dès 1955 l’alternative plus accessible au papillon.
Pour les beaux et les riches: la 190 SL découvrable (W 121), dès 1955 l’alternative plus accessible au papillon.

La SL en est aujourd’hui à sa septième génération, et la production a été transférée chez AMG en 2021. Son développement a lui aussi été confié aux ingénieurs d’Affalterbach. Ceux-ci ont donc créé une voiture entièrement nouvelle, qui ne partage plus aucun composant avec le modèle précédent. Ce roadster – il n’y aura pas de coupé – revient à la classique capote en toile et adopte un agencement de type 2+2 places. L’avant très séduisant rend hommage à la 300 SL W194 avec une calandre à barrettes horizontales marquée par une énorme étoile Mercedes. Pour leur part, les phares effilés s’inscrivent dans le style Mercedes actuel et s’intègrent avec beaucoup d’harmonie à cette face avant.

Sous le long capot s’ébroue un V8 biturbo de quatre litres. Dans la tradition AMG, ce bloc n’est pas simplement produit à la chaîne, mais fabriqué à Affalterbach de manière entièrement artisanale, selon le principe «One Man, One Engine». Dans la SL63 4Matic+, le moteur développe 585 ch et chante sa joie de vivre au travers d’un échappement sportif. La conduite à ciel ouvert fait ainsi revivre les envolées lyriques d’une icône du sport automobile.

Cet article est paru en mai 2022 dans le numéro MEN 1/22.

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